Plateforme Eau de la FRANE

Sommaire

2. Le réaménagement des gravières

 

Les activités d’extraction de granulats ont soustrait des quantités très importantes de matériaux meubles aux rivières ! Or cela a eu et a encore des conséquences très négatives sur le fonctionnement des rivières et les capacités de stockage des nappes. Aujourd’hui, la réhabilitation des anciennes fosses d’extraction pose souvent problème.

 

90% des réaménagements de gravières alluvionnaires en France sont des plans d’eau, sauf en Ile de Franceoù l’abondance des matériaux de démolition  permet d’en combler 35%.

 

Or, le respect et la restauration de la dynamique fluviale des cours d’eau nécessiteraient la remise des sites d’extraction dans leur état initial. Cela implique la disparition des enrochements protégeant les fosses d’extraction et la disparition de ces fosses sources de nuisances.

 

Malheureusement, parce que les alluvions ne se régénèrent plus spontanément et qu’il n’existe aucun matériau de substitution offrant les mêmes caractéristiques de friabilité, de perméabilité et de stabilité chimique, le comblement artificiel des fosses est pratiquement impossible.

C’est le  constat du caractère en grande partie irréversible de l’impact des extractions alluvionnaires sur les cours d’eau. Ce constat a conduit à l’interdiction de toute exploitation d’alluvions sur l’emprise des nappes alluviales dans certains schémas départementaux des carrières (celui du Puy de Dôme par exemple, sauf dérogations).

 

En matière de réaménagement de carrières alluviales, il convient d’affirmer un principe directeur préalable:

 

Tout réaménagement doit d’abord être une réhabilitation.

Son objectif premier doit tendre à restaurer le mieux possible la fonctionnalité du lit majeur, prioritairement à tout autre objectif, qu’il soit économique, touristique, esthétique ou récréatif.

Tout réaménagement se révélant momentanément impossible par comblement artificiel, doit être conçu dans l’optique d’une réhabilitation complète à plus long terme.

Ces réaménagements ne peuvent être acceptables que s’ils sont fondés sur la prééminence de la protection renforcée de la ressource aquifère présente.

 

Les nuisances dues aux fosses d’extraction :

 

Les plans d’eau artificiels représentent de nombreuses nuisances pour la ressource en eau : réchauffement, évaporation en été, eutrophisation. Ils sont une contrainte à l’écoulement naturel des eaux de la nappe et peuvent provoquer son abaissement dans ses parties hautes. De plus, étant souvent des lieux de décharges incontrôlables, les plans d’eau, à l’occasion d’une submersion par les crues, sont la cause de pics de pollution en plus de celle induite en toute circonstance sur la nappe.

 

Les enrochements qui protègent ces fosses sont une nuisance majeure ; leur enlèvement est la première chose à envisager.

 

La restauration des anciennes fosses :

 

Le comblement et la régénération des lieux sont, à court terme ou long terme, possibles par la rivière elle-même.

Lorsque la rivière dispose, sur ses berges, d’assez vastes couches d’alluvions qu’elle peut mobiliser vers l’aval, elle comblera sans peine la fosse d’extraction lorsqu’elle l’atteindra. Ce phénomène peut s’accomplir soit rapidement à l’occasion d’une forte crue soit à la longue, en débit normal, mais à condition que la dynamique latérale de la rivière ne soit pas contrainte par des protections de berges.

 

Le comblement par la rivière de fosses très volumineuses peut engendrer momentanément un abaissement de la ligne d’eau en amont. Le relèvement de la ligne d’eau pourra s’effectuer ensuite spontanément, notamment sous l’effet d’une crue par sa puissance de transport d’alluvions et de nivellement du profil fluvial. En 1994, à La Roche Noire, deux carrières furent captées et comblées par la crue, provoquant un abaissement de 35 cm dans les puits de captage de la rive opposée ; la ligne d’eau se stabilisa sitôt après. La réfection des enrochements et la reprise des extractions en amont ne permirent pas le rétablissement de la ligne d’eau qu’aurait effectué la crue trentennale de 2003.

La mise en communication partielle avec la rivière par l’amont et par l’aval (shuntage), est un procédé envisageable permettant un comblement progressif sans plus d’abaissement de la ligne d’eau que celui provoqué par les enrochements qu’il faudra néanmoins, à terme, supprimer totalement.

 

En ce qui concerne les éventuels remblaiements artificiels, les apports de matériaux doivent se faire en qualitécompatible avec le milieu aquatique fluvial (matériaux comparables à ceux extraits). Il faut éviter les matériaux à forte granulométrie (gravats de démolition, …) quiferaient obstacle à la mobilité fluviale et les argiles qui fontobstacle au transit de l’eau dans les alluvions. Les gravières n’ont pas vocation de centres d’enfouissement technique pour déchets du bâtiment et travaux publics sans tri préalable.

Les matériaux de démolition doivent être inertes et en bloc pas plus gros que les plus gros galets naturellement présents sur le site.

 

Dans de nombreux cas, la restauration des sites de gravières est une question de temps.

En plus des alluvions que les rivières emportent vers l’aval, plusieurs dizaines de millions de mètres cubes de sable ont été prélevés sur les alluvions modernes (cf « Allier alluvial », partie  « fondement et objectifs généraux de la restauration »). Ce déficit de matériaux sera très difficile à compenser. Toutefois, la rivière éboule épisodiquement les terrasses anciennes qui l’encadrent. Ces hautes terrasses représentent d’importants volumes d’alluvions sans lesquels il est peu envisageable de minimiser les atteintes à la morphologie fluviale induites par les extractions et les protections de berges (cf « Allier alluvial », partie  « fondement et objectifs généraux de la restauration »).

 

Il existe des procédures budgétisées tel le Plan Loire pour restaurer les cours d’eau.

Il est hors de question de recourir à de nouvelles extractions à des fins commerciales pour financer  les réaménagements, ce qui ne ferait qu’aggraver le déficit des matériaux nécessaires au relevage du plancher fluvial et de la ligne d’eau.

 

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