Plateforme Eau de la FRANE

Sommaire

3. L’irrigation des cultures

 

Les surfaces de cultures arrosées ont atteint, en France, 2 millions d’hectares, accentuant les étiages des cours d’eau et provoquant même l’assèchement de certains, notamment de nombreuses rivières dans l’Ouest. L’irrigation agricole consomme en été dix fois plus d’eau que les autres usages réunis. Contrairement à l’AEP et à l’usage industriel, il n’y a pas de restitution au milieu d’une partie des prélèvements effectués pour l’usage en agriculture (exportation par les plantes récoltées).

 

Durant les mois où la ressource s’amenuise sous l’effet de l’évaporation par la chaleur et la végétation, l’irrigation qui se pratique en val d’Allier sur environ 30 000 ha peut consommer 15 m3/s d’après les besoins théoriques des cultures. Au final près de 150 millions de m3 sont consommés sur les mois d’été !

 

Les consommations comparées de chaque usage sont à exprimer en unité de débit (litre ou m3 par seconde et non en consommation annuelle) pour donner une idée de leur incidence sur les rivières en période estivale.

En val d’Allier, l’incidence de l’irrigation sur la rivière est compensé via le soutien artificiel de débit par le barrage de Naussac (190 millions de m3, soit un potentiel théorique de 19 m3/s sur 100 jours, en pratique adapté à la sévérité de l’étiage ; durant l’été 2003, particulièrement sec, le barrage lâcha en pointe 30 m3/s). Les partisans de l’irrigation craignent que ce soutien soit insuffisant et que cette insuffisance conduise à des restrictions d’arrosage. Du point de vue de la FRANE, le barrage de Naussac ne sert qu’à compenser les étiages de l’Allier qui seraient autrement catastrophiques du fait des prélèvements pour l’irrigation (l’étiage de 1949, date à laquelle l’irrigation n’existait pas encore, se situe autour de 6m3/s au Pont du Guétin).

La FRANE se prononce contre toute augmentation de la consommation d’eau en irrigation, vu l’impact des cultures concernées et l’incohérence que représenterait l’intensification accrue de la production agricole sur certains secteurs alors que, dans le même temps, des terres sont abandonnées ou mises en jachère. Le développement de l’irrigation impliquerait inéluctablement la construction de nouveaux réservoirs artificiels et une dégradation accrue de la qualité des eaux souterraines et de surface.

 

Les périmètres irrigués se concentrent à proximité de la rivière, souvent au-dessus de la nappe alluviale qui, de ce fait, se charge de plus en plus de nitrates et pesticides au point de devenir inutilisable pour l’alimentation en eau potable (en val d’Allier bourbonnais, les teneurs en nitrates ont dépassé les 100mg/l dans certains captages désormais abandonnés).

 

Ces cultures (principalement celle du Maïs) se pratiquent parfois jusqu’au bord de l’eau, supprimant les espaces de végétation naturelle qui participent à l’épuration des eaux. Le dispositif actuel d’implantation de bandes enherbées est insuffisant pour préserver ces espaces. Les cultures suscitent aussi des protections contre l’érosion des berges. Lors des crues, le courant arrache à ces terrains labourés des limons fins et des résidus de traitements chimiques qui vont colmater et polluer le lit des rivières.

 

Il est donc important d’opérer un recul de l’agriculture le long de l’axe Allier et maintenir le fuseau fréquemment inondé exempt de cultures pour limiter les risques de pollution et d’atteintes à la ressource en eau. Il faut réimplanter plus largement des surfaces en herbe en lieu et place des cultures et préserver les quelques prairies qui demeurent, surtout en zone inondable. Ces zones peuvent servir à l’élevage extensif de bovins, équins ou ovins.

Il est également urgent de ne plus aménager de structures fixes, type station de pompage, qui nécessiteront par la suite d’être protégées contre les crues et donc d’ériger des ouvrages de protection qui contrarient la libre divagation de l’Allier.

 

Face aux sécheresses récurrentes, l’irrigation risque également de se développer même pour les surfaces en herbe.

Par ailleurs, l’intensification des pratiques en zone de montagne (utilisation de plantes fourragères pour augmenter les rendements) conduit à avoir recours à l’irrigation dans ces zones en période sèche.

 

D’ores et déjà, il est indispensable de mieux irriguer, d’apporter la juste quantité d’eau au bon moment et au bon endroit : ne plus irriguer en pleine journée par forte chaleur, repenser l’organisation des tours d’eau, utiliser des techniques plus économes (micro-aspersion ou goutte à goutte pour le maraîchage par exemple), etc. La création de bassins d’orage à vocation agricole (utilisation des eaux de pluie pour l’irrigation) peut être une solution sous réserve d’une étude d’impact au cas par cas.

 

Globalement, on doit tendre vers une diminution des prélèvements et se limiter à ce que peuvent supporter les milieux. Ainsi la production agricole devrait se faire dorénavant selon les potentialités agronomiques offertes par les conditions pédo-climatiques régionales (redévelopper les cultures de printemps ; cultiver des plantes moins gourmandes en eau, etc.).

 

Pour plus d’éléments sur l’irrigation : cf. plate-forme « Agriculture et Environnement » de la FRANE, validée par son CA le 18 mai 2005.

 

4. Les barrages 

 

La France est le second constructeur de barrages après l’Espagne (plus de 500 grands barrages). La richesse du réseau hydrographique auvergnat fait que notre région n’a pas échappé à ces aménagements et nombreuses sont les rivières barrées par ces ouvrages dont la majorité ont été construits pour produire de l’électricité (plus d’une cinquantaine de barrages).

 

Face aux sécheresses récurrentes de ces dernières années, certains promeut la construction de nouveaux barrages pour le soutien d’étiage. Par ailleurs, dans un contexte de nécessaire développement des énergies renouvelables, on assiste à une volonté forte de relancer l’hydroélectricité en France (voir le chapitre suivant sur la petite hydraulique).

 

Quelles que soient la ou les destinations d’un barrage : soutien d’étiage et irrigation, production d’électricité, alimentation en eau, régulation des crues, ou encore vocation de loisirs (loisirs nautiques, pêche…), ses effets sont destructeurs sur les milieux aquatiques, ses impacts importants sur le paysage. L’incidence sociale peut aussi être marquée (expropriations, dangers occasionnés par les barrages à leur aval…).

La construction d’un barrage entraîne un bouleversement des habitats, de la faune et de la flore du fait de la création d’une retenue d’eau (perte de biodiversité). Ces retenues posent d’importants problèmes de qualité des eaux qui affectent milieux mais aussi usages (interdiction des pratiques de loisirs par exemple). Elles sont un siège d’eutrophisation, d’évaporation (environ 1 à 4 l/s/ha) et de réchauffement des eaux. Les retenues accumulent des produits toxiques dans leurs sédiments.

Les barrages modifient également le régime des eaux, perturbent le fonctionnement des crues (suppression des petites et moyennes crues) et inhibent le transit des sédiments à l’aval, contribuant à l’enfoncement du lit des cours d’eau. Ils constituent un obstacle aux migrations des espèces aquatiques (les dispositifs de franchissement sont souvent inefficaces). Les barrages ne peuvent être gérés sans générer des impacts graves sur l’aval. Leur entretien est problématique (pollution des eaux de l’aval lors des vidanges par exemple).

 

Le soutien d’étiage que procurent les retenues se limite au bénéfice de l’axe fluvial sur lequel elles sont implantées. Elles ne corrigent pas le manque d’eau sur l’ensemble du bassin.

 

En alternative à de nouveaux barrages, la reconstitution des aquifères naturels (réhabilitation des zones inondables disparues, des terrains drainés, des nappes alluviales détériorées…) permettrait de récupérer avant l’étiage des volumes d’eau plus efficients que ceux des retenues artificielles, tant en qualité qu’en quantité. Par exemple, le relèvement de la nappe alluviale de l’Allier rapporterait à lui seul environ 3 fois le volume d’eau de la retenue de Naussac (environ 570 millions de m3).

 

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