Plateforme Eau de la FRANE

Sommaire

5. La petite hydraulique

 

Le contexte :

 

Face aux perspectives de raréfaction des ressources en combustibles fossiles, aux recommandations formulées dans le protocole de Kyoto concernant les émissions de gaz à effet de serre, et suite à la directive européenne « Sources d’énergies renouvelables » (du 27/09/2001), le développement des énergies renouvelables a actuellement le vent en poupe. La France s’est engagée à atteindre un objectif de 21 % pour la part d’électricité d’origine renouvelable dans la consommation française en 2010. Cet objectif ambitieux pourrait se traduire, entre autres, par l’augmentation de la production d’électricité d’origine hydraulique et donc de la pression exercée par l’homme sur les cours d’eau.

 

Si les énergies renouvelables ont l’immense mérite de ne pas générer des gaz à effet de serre, de permettre de moins puiser dans les ressources dont les générations futures auront besoin, ni de produire des déchets encombrants et dangereux, toutes ne sont pas totalement acceptables du point de vue environnemental. C’est le cas des installations permettant de produire de l’électricité à partir de l’énergie des cours d’eau. Seuls les équipements de puissance inférieure à 4,5 mégawatts, plus communément appelées microcentrales hydroélectriques et fonctionnant au fil de l’eau, c’est à dire sans éclusées, sont abordées ici. La quasi totalité des sites pouvant fournir des puissances supérieures sont déjà équipés mais il reste en Auvergne des potentialités pour des équipements de petite puissance. Mais à quel prix environnemental ?

 

La création de l’ensemble des installations de production d’électricité d’origine hydraulique réalisées depuis 150 ans en France s’est traduite par une détérioration considérable du réseau hydrographique national (exemples en Auvergne : barrages de Poutès sur l’Allier, de Queuille sur la Sioule…). Les microcentrales feraient-elles exception ?

 

 

La puissance d’une microcentrale est directement liée à la hauteur de chute, c’est à dire à la différence d’altitude entre la prise d’eau et la centrale. A titre d’exemple : avec un débit turbiné de 500 l/s et une hauteur de chute de 100 m, on arrive à une puissance brute de 500 kW. Cela correspond à de nombreux sites équipés en Auvergne sur des cours d’eau de montagne. La puissance délivrée dans le réseau est certes en dessous de cette valeur en raison d’un rendement inférieur à 100 % de l’ensemble de l’installation. Le rendement de la transformation de l’énergie hydraulique en électricité est le plus souvent de l’ordre de 70%.

La petite hydraulique ne représente qu’environ 1,5 % de la production d’électricité nationale et ne permet pas de faire face aux pics de consommation comme la grande hydraulique.

 

Les impacts  des microcentrales :

 

Le principal sujet de conflit concernant les microcentrales, qui se pose entre les propriétaires d’installations et les riverains, est le débit laissé dans la rivière entre le barrage de prise d’eau et la restitution. C’est le débit réservé. Les textes actuels prévoient qu’il doit être au moins égal à 10% du débit moyen interannuel ou module. Cette valeur est le plus souvent très insuffisante.

Les microcentrales sont souvent installées en Auvergne sur des cours d’eau de montagne dont la qualité de l’eau n’est pas toujours parfaite : rejets domestiques, épandages agricoles, fabrication de neige artificielle... Le barrage de prise d’eau retient des sédiments qui doivent être évacués périodiquement dans le lit naturel de la rivière, occasionnant une importante charge polluante qui s’ajoute à celle résultant du lessivage des berges arrivant dans un cours d’eau amputé de l’essentiel de son débit. On observe alors un colmatage des fonds et les crues petites et moyennes ne permettent pas de remettre en suspension les sédiments ainsi accumulés. Dans la portion court-circuitée du cours d’eau, l’eau tend à se réchauffer et sa qualité physicochimique à se dégrader.

 

Même bien conçues et réalisées, les passes à poissons constituent un obstacle et ne permettent jamais le franchissement de tous les migrateurs. Les « escaliers d’eau » constitués par la multiplication des ouvrages sur la même rivière aggravent encore la situation de la faune piscicole. Il ne faut pas oublier que l’ouvrage de prise d’eau se comporte comme un aspirateur à poissons. La dévalaison est aussi une étape critique pour le déplacement des migrateurs.

 

L’amputation du débit est préjudiciable à la capacité d’autoépuration du cours d’eau sur la totalité de la portion dérivée, surtout lorsque aucun affluent ne vient constituer un apport complémentaire. Les études hydrobiologiques, notamment celles portant sur les populations d’invertébrés et celles sur la faune piscicole, confirment ce fait.

La valeur du débit réservé est calculée d’après celle du module et des controverses existent concernant l’estimation de ce dernier. Les propriétaires de microcentrales, soucieux de la rentabilité de leurs investissements, ont intérêt à le minimiser et leurs valeurs sont parfois inférieures à celles avancées par les services de l’Etat. Une valeur basse du module permet de fixer un débit réservé relativement faible et par voie de conséquence un débit effectivement prélevé (et donc turbiné) plus élevé.

 

Propositions :

 

La FRANE propose que des études effectuées par des laboratoires réellement indépendants soient réalisées périodiquement dans le but d’ajuster les débits réservés pour chaque installation à des valeurs qui soient compatibles avec la vie aquatique. Ceci est préférable au fait de fixer arbitrairement un débit réservé à la valeur minimale de 10% prévue par les textes sans tenir compte des caractéristiques de l’écosystème aquatique. Comme il est admis que la réduction du débit est préjudiciable aux cours d’eau, il importe de réduire le nombre d’installations sur une même rivière notamment quand leur espacement est insuffisant pour permettre la restauration d’une vie aquatique normale. L’entretien et la fonctionnalité des passes à poissons devront être vérifiés. Enfin, le débit turbiné ne devrait pas être supérieur au module.

 

En conclusion, s’il serait illusoire de chercher, dans le contexte énergétique actuel, à obtenir le démantèlement de la totalité des microcentrales hydroélectriques dont l’impact sur le milieu aquatique est inacceptable, on doit demander que leur insertion environnementale et paysagère soit améliorée. Il est possible d’accepter un accroissement de l’efficacité énergétique de certaines installations pour répondre aux objectifs de la directive européenne sur les énergies renouvelables sans cependant transiger sur leur impact sur l’écosystème aquatique ; mais on doit refuser l’implantation de nouvelles microcentrales. Les cours d’eau d’Auvergne ont payé un trop lourd tribut à la production hydroélectrique, énergie certes renouvelable, mais qui a atteint pour sa part son niveau critique d’acceptabilité écologique. Par ailleurs le développement des microcentrales ne permettra pas de respecter les engagements de la France concernant la lutte contre l’effet de serre, leur production énergétique restant négligeable. En matière d’énergie, on doit s’orienter prioritairement vers les économies d’énergie et des énergies renouvelables moins dommageables pour l’environnement comme par exemple le bois et le solaire.

 

 

 

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